Critique : Between the trees
Par Pierre Délas - Kairn.com / photos : coll. Bradbury
 

Deux grimpeurs britanniques, Tyler Landman et Keith Bradbury, viennent de s’associer pour produire « Between the trees », un film de bloc sur Fontainebleau. Le film propose 70 minutes d’action en compagnie des deux larrons qui arpentent de long en large la forêt. Pas facile de se démarquer quand les DVD traitant de Fontainebleau sont légion (http bloc, « Bloc Age », « Tour de bloc », « Dosage 2 » pour ne citer que les principaux qui me viennent à l’esprit,…), et les productions individuelles et sites internet présentant des vidéos innombrables.

Ce qui touche d’entrée et nous plait, c’est que nos deux étrangers ont l’air d’être complètement tombés sous le charme du site. Tyler et Keith paraissent complètement gagas des blocs et des différents spots qu’ils ont à portée de main, nous livrant une œuvre authentique, sincère et passionnée. Pas question de s’afficher malgré la quantité impressionante de problèmes extrêmes surmontés en un temps record, le film existe et a été monté pour mettre en avant ce spot dément qu’est Fontainebleau, que nos deux visiteurs trouvent si singulier et magique. « Between the trees » se place comme un parfait témoignage des joies et des émotions ressenties par tout bleausard. Des images hautes en couleur qui rendent à merveille les ambiances qui animent la forêt, avec une pointe d’humour british disséminée ça et là ! Un grand bol de bonheur et de bien-être.


Le film se partage en plusieurs parties. Le début est consacré aux problèmes classiques, avec la présentation des problèmes mythiques qui font la renommée internationale de Fontainebleau et qui font briller les yeux de tout amateur de bloc. L’incontournable  « Big 5 » du Cuvier Rempart, « Karma », « Duel » où Ty est médusant de tenue de prise, « le surplomb de la Mée » avalé comme une randonnée pédestre sur le sentier des 25 Bosses, la proue de « Partage » à Buthiers où la casse d’une prise n’empêchera pas la réussite du problème,… S’en suit une partie très prenante où les deux compères s’enfoncent un peu plus dans la forêt pour nous présenter quelques blocs pas forcément extrêmes, mais méconnus et « coups de cœur » pour la qualité de l’escalade qu’ils proposent. Nous voyageons du Petit Bois au Coquibus, du rocher Cassepot aux Gorges du Houx, avec des blocs agréables à grimper. Certains sont choisis car ils soumettent des mouvements peu communs, comme par exemple les jetés canne à pêche de « Peter pan » ou de « Triple axel ». D’autres sont là car ils sont esthétiquement majeurs, comme le gruyère de « Big gym », l’arête de « Mégalithe » ou le highball de « Irréversible ». Enfin, la complexité de certains passages faisant travailler la matière grise est aussi appréciée, tel « Synapses ». Comme on dit couramment, Bleau, c’est le laboratoire du geste !


L’intensité du film monte d’un cran avec le chapitre suivant, mettant en scène des beautés cachées d’un niveau un peu plus élevé. Notre paire de grimpeurs a toujours l’air de se régaler. Tyler est un peu moins facile qu’avant, se mettant des combats dans « L’apparemment » ou grognant en haut de « Tigre et dragon » qu’il se permet de flasher. Les blocs restent majeurs (comme les élégants « Amok » et « Elephunk ») mais sont tous dans le 8ème degré, ne faisant pas rigoler. Le niveau de Tyler Landman en bloc est tout simplement extra-terrestre, rien ne semble lui résister bien longtemps. Rien à dire, ce jeune est doué ! Seul « Délire onirique » le renvoie par terre, mais seulement l’histoire de quelques réglages… La fin du documentaire est consacrée aux ascensions majeures avec les « hits » défaits par Tyler le printemps dernier : « Kheops assis » avec un beau jeu d’ombre et de lumière et ses mouvements ultimes de compression, ou encore une partie de lévitation dans « Gecko assis » à Bouligny. Ayant déjà vu des vidéos de ces problèmes, je suis davantage sensible aux  images de « Satan i l’helvète assis» à Longs Vaux : un problème plus basique mais moins répété, annoncé 8C à l’ouverture par Sébastien Frigault l’ouvreur. Un bloc dont les mouvements semblent tellement extrêmes !


En conclusion, « Between of the trees » est un sympathique hommage à « Font », comme disent les étrangers. Ici on trouve bien plus qu’un étalage de performances de manière à nous en mettre plein les yeux. Chaque ascension est l’occasion de revenir sur des ressentis, des sensations, des sentiments. De manière à nous persuader, si on en doutait encore, que Bleau est bien plus qu’un spot de bloc normal.

Le site web de Keith, Unclesomebody où vous pouvez commander ce film

Le site web du sponsor de Tyler Landman, MoonClimbing