Michel Dimitrief en Via Ferrata
Par Christophe Moulin - Michel Dimitrief
 

 

 

La via ferrata ! Une activité insignifiante pour tout grimpeur même débutant. Un voyage sympathique dans le vide avec pour seules contraintes ces  innombrables manipulations de mousquetons que l’on clippe et déclippe sans arrêt ; en gros, pas de quoi fouetter un chat techniquement parlant lorsqu’elles sont de niveau moyen. 

 

En revanche, la Via ferrata des gorges de la Durance n’est pas un itinéraire pour les novices et reste un bel exercice d’endurance voire même de résistance. C’est un itinéraire de niveau noir avec des parties surplombantes. Objectif idéal pour Michel Dimitrieff dans sas logique d’entraînement en montagne.

Et bien pour Michel, cette promenade de santé s’est avérée beaucoup plus difficile que beaucoup de voies d’escalade et plus contraignante que bien des courses en montagne.


Michel : « Nous arrivons quasiment au pied de
la Durance
, la vue y est superbe. Ces gorges profondes sont vraiment très belles. Les multiples manipulations que j’effectue pour enlever les dégaines sont un bon exercice pour perfectionner ma dextérité mais me demandent beaucoup d’énergie.»

La surprise fut de taille autant pour lui que pour moi et je dois avouer avoir un peu douté parfois de notre réussite.

Surtout lorsque sans m’en apercevoir, je lui ai écrasé les doigts sous le câble…

 « … Au moment où je m’apprête à partir rejoindre Christophe, le câble se  tend. J’ai les doigts coincés entre le câble et le rocher. J’essaie d’appeler Christophe, mais il ne m’entend pas… »


Manipuler une longe en restant bloqué sur un bras  avec des doigts en partie pliés et des gants qui se coincent dans les mousquetons, voilà le type de situations auxquelles Michel fut confronté toute la journée et j’ai assisté à cela impuissant à réagir puisque l’essentiel de ce parcours est en traversée.

Parfois je lui disais : «  à mon signal, tu dé-mousquetonnes et tu fonces en tractant sur le câble sur 5 ou 6 mètres… »

Et je voyais Michel passer plus de 20 secondes, pendu sur un bras à essayer d’extraire son mousqueton du câble avant d’attaquer la traversée.


Michel : « la via commence par de longues traversées sur de la roche bombée. C’est assez physique car la seule solution consiste à poser les pieds à plat et à tirer fort avec les mains. En plus de la corde, Christophe pose des dégaines car en cas de chute sur ces longues traversées, je risque de faire un long pendule. »



J’avais l’impression qu’il n’aurait jamais la force d’enchaîner et je l’imaginais penduler 6 à
8 mètres plus bas… 

Mais rien de tout cela. L’énergie, il l’avait.

Michel a été malade 3 semaines et a du arrêter de s’entraîner mais comme pour l’ascension du Râteau, nous avons pu constater que l’entraînement à long terme a porté ses fruits.


Michel : «…toujours ces manipulations fastidieuses de pose et de récupération de dégaine. À un moment, nous arrivons devant un passage avec un beau surplomb. Christophe m’aide à passer. Je sens que mes trois semaines d’arrêt pour cause de maladie me font cruellement défaut. J’ai perdu mes abdos et dans le dévers cela se ressent cruellement. »


J’ai été confronté à une situation que je n’avais pas envisagée aussi laborieuse et aussi difficile. La journée fut donc pour Michel une épreuve de résistance physique terrible.

En revanche, malgré ces trois semaines d’arrêt, toutes les séances d’intervalles et de fractionné que nous avons effectuées au mois de septembre on payé.


Michel :  « Le lendemain matin, j’ai des courbatures de partout : aux cuisses, aux mollets, aux épaules, aux pectoraux. C’est signe que tout à bien fonctionné ! Samedi prochain, nous allons jouer la deuxième manche, et là, ça va envoyer du gros ! »


Au milieu de tous ces obstacles, les aspects étonnants et positifs du handicap de Michel sont sa parfaite connaissance
de son corps, sa décontraction face au vide et sa grande laxité d’articulations lui permettant des croisés de pieds gigantesques.

L’intérêt de la via ferrata pour Michel est d’effectuer un travail de résistance musculaire et de précision de placement des pieds. Une autre sortie de ce type est prévue la semaine prochaine.

Je lui tire mon chapeau et je le remercie pour cette preuve de courage impressionnante.

 

Seuls au monde au milieu des gorges avec les couleurs des Hautes-Alpes à l’automne, ce fut une bien belle journée pour nous deux.