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La cordée historique de la Grande Casse
 
Giovanni Quirici

Premier enchaînement de Yeah Man
 

 Interview : Chris Sharma

Par Darío Rodríguez/Desnivel , Traduction C.Larcher
Article saisi le : 07-01-2007
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C’est lui qui le dit. Dans la vie il y a peu de choses qui vaillent la peine de s’inquiéter. A un niveau global, nous ne sommes rien. Il faut remercier un gars qui assume sa chance, l'énorme bonheur de pouvoir profiter de la vie à sa convenance et selon sa philosophie et qui te raconte comment il a évolué et comment il voit le monde en mouvement.


Chris Sharma, californien de 25 ans,  au look de surfeur, s’asseoit sur une pierre au sol, se pose et avec une voix empreinte de sérénité nous explique le pourquoi et le comment de ses motivations, ses sensations et sa capacité à profiter de la nature et du moment présent.

 

Pourquoi le psychobloc?
Pour moi c’est la forme la plus libre de l’escalade. J’aime le bloc et les voies et le psychobloc est un mélange des deux. Il faut beaucoup de concentration et tu peux profiter de l’eau. Ca a des composantes de l’alpinisme, de l’escalade traditionnelle. Tu dois chercher, t’aventurer, il y a une part de peur… 

 

La chute est toujours violente?
Il faut bien chuter. Même si des fois j’aime bien me laisser tomber, il faut avoir confiance en sa capacité à tomber bien. C’est comme en bloc, si tu tombes mal de cinq mètres tu peux te faire mal. Dans le psychobloc,  c’est la même chose mais à vingt mètres. Ca te permet d’explorer d’autres aspects de l’escalade sans corde. Il y a plein de possibilités. Pour moi c’est le style d’escalade le plus pur.

 

Quelle est la plus grande hauteur que tu ais fait en psychobloc?
Une fois quasiment 30m. Après j’ai pensé que c’était trop haut et maintenant je ne prend plus autant de risque. C’est dangereux, il faut bien utiliser le mental. Il peut y avoir des chutes violentes… j’en ai fait quelques unes.

 

Quelle différence entre ton projet à Mallorca, Es Pontás, et les autres?
Ce n’est pas la difficulté étant donné quelle est difficile à évaluer. C’est plus la difficulté de la voie. Très difficile, tu ne peux pas t’arrêter pour essayer les mouvements, il faut à chaque fois essayer depuis le bas.  J’ai dû faire cinq voyages. Ca demande un grand effort. C’est trop déversant et tu ne peux pas essayer avec une corde… et de toute façon je ne le ferais pas. C’est une voie pure, le psychobloc n’a pas de règles. Le mieux c’est de profiter, de regarder la mer. C’est le cœur de l’escalade.

 

C’est compliqué de refaire les itinéraires des autres?
Ouí, avec chaque personne naît une nouvelle voie. Avec Es Pontás par exemple c’est difficile d’innover sur certains points.

 
Que représente Miguel Riera pour toi?
C’est un bon ami. Très sympa et de bonne compagnie. C’est un peu le créateur du psychobloc. Il a commencé il y a longtemps. C’est lui qui m’a emmené a Mallorca, on a beaucoup grimpé ensemble et il m’a fait découvrir des tas de spots. Je l’en remercie.

 

Pourquoi l’Espagne et Mallorca de plaisent tant?
Pour le psychobloc!, pour les projets. Pour connaître les sites de la péninsule comme Siurana, essayer La Rambla, Chilam Balam. Pour les gens d’ici, qui sont très sympas et très ouverts. En plus le climat ressemble a celui de Californie. Les gens me plaisent, ils sont trés relax.

 

Tu es très détendu, tant dans la grimpe que dans la vie...
Oui. J’essaye toujours d’être détendu, même si des fois je n’y arrive pas ou que je l’on m’en empêche. Il n’y a pas grand chose qui vaille la peine de se stresser.
Il y a des choses difficiles à accepter, mais si tu peux réfléchir en même temps tu verras que tes petits problèmes sont réellement petits. Il faut profiter de la vie, de la nature...

 

Cela fait combien de temps que tu vis de l’escalade?
Cela fait onze ans. Tout a commencé quand j’avais 14 ans. A quinze ans j’ai fait mon premier 8c+ et à partir de ce moment on s’est beaucoup intéressé a moi. Ensuite j’ai continué à étudier... mais j’ai fini par abandonner pour me dédier à l’escalade. Le monde est un peu mon école!
Je voyage, je rencontre des gens, je parle avec eux, je fais des expériences de vie. Pour moi le monde est suffisant.

 

Cela a dû être compliqué de commencer à 14 ans…
J’étais très fort mais très jeune. Avant il n’y avait pas d’enfants qui grimpaient comme des adultes et quand j’ai commencé, cela a changé les choses. Maintenant c’est plus facile pour tous d’acquérir un bon niveau, sans danger, dans les salles. J’ai été le premier enfant à faire des choses plus dures que les adultes. J’ai commencé a 12 ans. 

 

 

Comment a été ton évolution depuis lors?
Lente et difficile. J’ai beaucoup progressé quand j’ai été enfant. Maintenant j’ai plus de kilos et je progresse nettement moins. Mais c’est sûr que j’ai beaucoup plus d’expérience et cela apporte bien plus que le niveau. Je me sens bien, plus fort, même si je ne suis plus si léger.

 

Comment vois tu l’avenir de l’escalade de difficulté?
De nos jours il y a beaucoup de jeunes qui progressent de manière impressionnante. Il y a plein de grimpeurs forts, beaucoup plus qu’il y a dix ans. Il y a énormément de voies dures et chaque génération va plus loin. Quand j’ai commencé, j’étais le plus jeune dans les compétitions, il n'y a pas longtemps je suis allé sur une compèt et j’étais le plus vieux !

 

La compétition continue de t’attirer?
Pas vraiment. C’est bien pour partager l’expérience de grimper avec plein de monde. Mais ce n’est pas important pour moi de me sentir un gagnant.  La compétition je la fais avec moi-même.  Je préfère profiter du rocher, c’est beaucoup plus joli et intéressant. Pour garder la motivation je préfère rester détendu. Quand je découvre une belle paroi, ça me motive énormément alors que si je vois un mur de résine… ça me coupe un peu l’envie. Je ne me sens pas le besoin d’être champion du monde. Grimper est quelque chose de personnel, en relation avec la nature, quelque chose d’intime avec la roche.

 

Tu t’entraînes?
Non, je ne m’entraîne jamais. Je ne fais que grimper. Ca dépend beaucoup de ma motivation, si quelque chose m’attire, je l’essaye avec toute mon énergie. Sinon je deviens fainéant. Je n’ai jamais eu d’entraîneur ou de plan d’entraînement, je ne fais que grimper.
Beaucoup grimper. Je profite de la roche, j’essaye des mouvements. Je fais les choses sans pression et si je n’ai pas envie de grimper, je ne grimpe pas. La motivation s’en va parfois, contrairement aux forces, mais elle revient encore plus forte. Si c’est une bonne journée je grimpe, c’est comme d’avoir faim, je préfère être naturel. De cette manière je pourrais grimper toute ma vie. Je pourrais suivre mon cœur et mes sentiments. L’escalade n’est pas pour moi un sport, c’est un style de vie. Expérimenter la vie, connaître des endroits et des gens.

 

Quel est ta relation avec les sponsors?
J’ai un manager qui m’aide (rires). Ils m’aident et sont contents de ce que je fais de ma vie et de la façon dont je la rêve. Je pense que j’ai beaucoup de chance. Je suis pas un homme d’affaires, et j’évite d’y penser, c’est pour cela que j’ai un manager. Je l’ai depuis le début et même si quasiment personne n’en a, pour moi c’est super utile. Je suis super désorganisé! Il faut que je pense au cailloux, pas aux affaires.

 

Tu t’inquiètes du futur?
Je préfère vivre le moment présent. Il faut penser à ce que tu vas faire mais il ne faut pas s’en préoccuper. Il faut profiter du moment présent. Je pense que je pourrais faire quelque chose dans l’avenir grâce a mon expérience en escalade.
Travail, revue...

 

Que penses-tu de La Rambla?
C’est super!, j’avais vraiment envie de l’essayer. J’ai toujours été très occupé par des projets, des voyages… mais j’ai eu le temps de venir la voir l’essayer et c’est impressionnant.  Alex Huber l’a imaginée il y a plus de dix ans et, ouff!, c’est une voie majeure...

 

Qu’est-ce qui a été le plus difficile?
Le pas du haut. Les conditions de la roche aussi. Sec... froid... Il faut être très fort, avoir la peau en bon état. Il m’a fallu quatre années pour faire « Realization » (Biographie) et douze jours pour « La Rambla ». Ca m’a demandé beaucoup moins de temps. Je ne sais pas si la voie est plus facile ou si je suis meilleur qu’avant.

 

Il y a-t-il un grimpeur qui t’a motivé particulièrement?
Oui, beaucoup. Dani Andrada, par exemple. Beaucoup d’américains et par dessus tout mes amis à la maison. Presque tout le monde. Il n’est pas nécessaire qu’ils soient plus fort que moi, tout ceux qui prennent plaisir a grimper m’inspirent, tout ceux qui grimpent avec leur cœur. Ils peuvent t’apprendre beaucoup.

 

Une région préférée pour grimper...
Sans doute Mallorca... bien qu’il y ait beaucoup de sites, chacun d’entre eux a ses spécificités. J’aime grimper dans des lieux sympas comme en Inde.

 

Combien de temps grimpes-tu chaque année?
Chaque année est différente. Des fois je grimpe beaucoup et des fois non.
Ca dépend de ma motivation. Au maximum je suis resté trois mois sans grimper et maintenant par exemple, après avoir enchaîné “La Rambla” ma motivation baisse. Mais c’est normal, après avoir réalisé un projet il faut se détendre. Quand tu vois quelque chose d’aussi impressionnant que cette voie tu veux progresser, faire le nécessaire pour la sortir, et quand tu y arrives c’est logique que tu perdes un peu de ta motivation jusqu’à ce que tu trouves une autre voie qui excite ton intérêt.

 

Tu étais avec de nombreux ténors de l’escalade a Siurana: Dani, Yuji, Edu, Dave...
Oui, c’est super positif. C’est vraiment bien de pouvoir grimper avec des grimpeurs qui peuvent avoir un meilleur niveau que toi. En plus du fait que c’est très divertissant, tu partages plein de choses.

 

Tu as essayé Chilam Balam... Que penses tu de toute la polémique qui l’entoure?
Oui, je l’ai essayé et j’aime bien. J’ai envie d’y retourner pour l’essayer de nouveau. Et à propos de ce qui se dit de cette voie… je sais pas. L’escalade est quelque chose de très personnel. Les gens ont besoin de savoir, mais moi je m’en fous. J’y pense pas beaucoup. La voie me plaît et ça me plairait de l’enchaîner, c’est tout. C’est pas mon problème de savoir si elle a été faite ou pas. Je connais pas bien l’histoire, mais Bernabé est très sympa.

 

C’est curieux, ton prochain projet est d’aller aux tepuys et de faire du bloc au sommet mais tu ne vas pas les grimper…
Oui. Mais je sais pas si ça m’attire vraiment de rester en paroi vingt jour, sur du rocher mouillé… Le truc c’est que le lieu est vraiment sympa et je veux y aller. Un jour j’aimerais essayer de grandes parois et des voies comme à El Capitan. Mais je suis très attiré par le côté gymnastique de l’escalade, plus gestuel. J’aime pas vraiment souffrir... Mais on ne peut pas tout faire, il faut choisir.

 

Photo 1 : Chris Sharma, récemment a Siurana Photo: desnivelpress.com

 

Photo 2 : Chris en psychobloc a Mallorca. Desnivelpress.com

 

Photo 3 : Sharma lisant au pied de La Rambla, repos entre deux essais. Photo: Jorge Jiménez

 

Photo 4 : Chris Sharma dans La Rambla, 9a+. Desnivelpress.com

 

Photo 5 : Chris Sharma dans la section clef de La Rambla, 9a+. Desnivelpress.com

 

Photo 6 : Chris Sharma entre deux runs. Desnivelpress.com

 

Photo 7 : Chris Sharma dans la voie ultime a Kalymnos. Photo : Anna Piunova

 

Album photo de Chris Sharma dans La Rambla (9a+, Siurana).

L'article en Espagnol

Remerciements a Jordi Pastor et a Desnivel.com

 

 
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