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 Montagne, accès payant ! : le début d’un engrenage

Par Louis DOLLO
Article saisi le : 09-12-2005
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  Les partenaires institutionnels de la montagne concernés par l'instauration d'une redevance pour l'usage des sites nordiques ne sont pas sans agir même s'ils communiquent peu.

Parmi ces institutionnels nous retrouvons :
 * La Fédération Française de la Montagne et de l'Escalade, fédération délégataire en matière de raquette à neige et ski de montagne,
 * La Fédération Française de la Randonnée Pédestre, fédération délégataire pour la randonnée pédestre
 * La Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne,
 * La Fédération Française des Sports de Traîneau, de Ski-Pulka et de Cross-Canins,
 * Le Syndicat National des Accompagnateurs en Montagne 

 

 

Ils ont fait des contre-propositions communes basées sur 5 critères qui rendaient la redevance envisageable :

 

1 - Structure d'accueil et d'information du public
2 - Balisage des circuits en continu
3 - Secours assuré par du personnel qualifié
4 - Damage adapté et régulier
5 - Les sites doivent maintenir l'accès libre et gratuit à la pleine nature

 

Ces suggestions ont été communiquées aux décideurs (Ministères concernés) et aux législateurs mais aucune n'a été retenue.

Avec ces 5 règles, tout le monde pouvait être d'accord et satisfait. Mais manifestement aucun ministère n'a bougé puisque les amendements ont été repris avec l'accord ou sur proposition du gouvernement. Le législateur est passé en force sans tenir compte des pratiquants et des professionnels de l'activité (SNAM et SNMS) signataires des contre-propositions. Le contre-pouvoir n'a pas fonctionné.

Comment le Ministère des Sports le justifie-t-il ?

 

 

Une logique de plusieurs années.
Il y a 6 ou 7 ans l'AFIT (aujourd'hui ODIT) avait commandé une étude sur la raquette à neige (document en vente auprès de l'ODIT). Déjà à cette époque, l'idée existait. Elle existait tellement que c'était le seul aspect touristique qui intéressait les commanditaires de l'étude alors qu'on trouvait parmi les financeurs la FFME. Mais son poids financier n'était pas assez grand.
Une enquête aussi approximative que contestable vu le nombre très limité de questionnaires remplis sur divers parkings aboutissait à ce qu'on voulait entendre : développement touristique dans les stations. Et pour cause, puisque les quelques questionnaires remplis avec l'aide d'étudiants peu motivés l'étaient depuis des parkings de stations à des horaires et des lieux où les pratiquants sportifs (à l'époque plus nombreux) étaient absents. La loi n'est que la traduction de la volonté déjà affichée à cette époque.

 

Un autre risque
Le risque de dérive est important et ces mêmes signataires des contre-propositions les voient clairement apparaître (et des élus comme des fonctionnaires d'état ne s'en cachent même pas sur le plan local). Il s'agit de la mise sous redevance de l'ensemble du potentiel de randonnées hivernale et estivale.
La randonnée n'est pas la seule activité concernée. L'escalade est aussi dans la ligne de mire de certains fonctionnaires d'état beaucoup plus que des élus locaux. Il suffit d'avoir assisté au séminaire de Luchon les 20 et 21 mai 2003 pour comprendre la démarche 

Par ailleurs, lorsque l'on entend un préfet dire à la presse que les maires ont les moyens juridiques pour interdire l'accès à la haute montagne sans guide (exemple : le Pic du Midi de Bigorre dans les Hautes-Pyrénées) ce qui justifie l'existence de circuits payants de raquette pour l'hiver, il y a matière à s'inquiéter non seulement pour les pratiques de la montagne mais plus généralement pour notre liberté d'agir, de circuler, de penser.


Toutes ces idées contraignantes existent. Elles grignotent notre vie petit à petit. On ne peut pas les négliger et ne pas en tenir compte même si cela paraît, à priori, extravagant.

Pourquoi ?

Les pratiquants d'activités de pleine nature en montagne agissent en électrons libres alors que pour ces activités, des investissements se font avec de l'argent public : refuges, sites d'escalade, chemins, balisages, topo-guides, etc…. Le problème est que l'administration, derrière un bureau, ne dispose d'aucun élément d'évaluation objectif pour cerner et mesurer l'activité. Pour cela, ils ont besoin d'avoir un "outil" avec une activité encadrée, cernée avec des actions parfaitement identifiables et mesurables. Une activité libre qui ne rend de compte à personne est la pire des choses pour une administration. Donc il faut la faire rentrer dans un moule. Le balisage, les stades de randonnée et autres activités dites de nature avec péage et identification claire est un moule parfait.

 

Mais ce moule sera-t-il suffisamment solide ?
La réponse est non car on ne peut pas mettre un gendarme derrière chacun des pratiquants. Alors il faudra imaginer une autre forme de rapports, une "nouvelle gouvernance" du milieu des sports de nature et plus spécialement ceux de montagne et d'escalade basés sur des principes de liberté. A défaut, le risque d'explosion face à la technocratie, aux montages d'usines à gaz pour certains projets (plans d'équipement de sites d'escalade par exemple), de mélange des genres entre sport et tourisme (c'est particulièrement le cas en randonnée) pourrait conduire à des conflits dont on ne mesure pas encore l'incidence. Je crois qu'avec cette loi nous en avons un petit exemple.
Il faudrait savoir en tirer la leçon.

 

Les sports nature de montagne ne se pratiquent pas dans un bureau, autour d'une table de réunion, dans des colloques et séminaires, dans des rapports et études en tout genre, mais sur le terrain. Et les décisions doivent se prendre sur le terrain naturel en fonction de chaque situation. Aucune loi ne pourra contredire ce fait.

 

Malheureusement je crains que nous soyons au début d'un engrenage redoutable où nous ne savons pas faire la distinction entre sport de nature et tourisme de plein air.

 

 

 

 A voir :

* Montagne : Accès payant !

* Raquettes à neige :pas de péage pour la FFME

* Signer la pétition contre la raquette payante

 

 

 

 

Photos : Louis Dollo

 
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