Poursuite de nos entretiens avec Nelly Boutinot, Vice-Présidente de la Ligue ROC.
Aujourd'hui nous abordons le sujet sensible des grands prédateurs et de leur place dans la biodiversité, dans nos espaces naturels et dans notre société.

Les grands prédateurs font partie de cette biodiversité que vous défendez. Que vous inspire ce phénomène de rejet de la part des populations locales qui se manifestent autant vis à vis du loup que de l'ours ?
NB : Vous auriez pu me poser cette autre question : " Que vous inspire la volonté de rétablir un maillon affaibli ou encore fragile dans la chaîne du vivant ? " Et avec ces deux questions me voilà devant la diversité, voire l'antagonisme des positions humaines. Ces différences s'expliquent. Chacun naît à une époque, dans un pays, une famille qui influencent le comportement. Selon les études, la profession, les rencontres, le destin va faire de chacun un être unique. Ses réactions, ses actions vont lui être personnelles.
" Pour juger quelqu'un, il faut marcher sept lunes dans ses mocassins ". Le regroupement est une tendance naturelle et voilà des clans face à face…
Le mieux est de renoncer aux pierres et même aux invectives. Chercher une voie d'apaisement : c'est tellement plus satisfaisant.
Marcher vers l'autre est une solution. On se rencontre et on fait connaissance…. Il me paraît impensable de vouloir une victoire unilatérale. Elle suscite des envies de revanche, voire de vengeance dont on ne sait qui ferait les frais. Il y a mieux à rechercher : un premier point d'accord . A partir de là, il faut relever le défi d'en trouver un autre… et fêter ensemble l'accord final. C'est utopique ? Quelqu'un m'a soufflé que l'utopie n'est pas ce qui n'arrivera pas mais ce qui n'est pas encore arrivé. ..
Pensez-vous que tous les moyens ont été mis en œuvre, aussi bien de la part des pouvoirs publics que des associations de protection de la nature et d'éducation à l'environnement, pour former, informer, éduquer et sensibiliser afin de faire accepter les grands prédateurs dans la vie de tous les jours et plus spécialement des éleveurs, bergers, transhumants et habitants des territoires concernés ?
NB : Je ne suis pas trop d'accord avec la formule " faire accepter … ". Je lui préférerais " débattre avec la conscience qu'il faut arriver à trouver une solution ". Il faut qu'elle soit équitable, tienne compte du court et du long terme. Le long terme est trop souvent oublié et pourtant il aide à prendre des décisions en parents responsables".
Dans le cas que vous soulevez, à vrai dire, il me semble que le Ministère de l'Agriculture est le premier concerné. Un plan en faveur du pastoralisme décidé en concertation garantissant aux professionnels concernés des conditions de vie dignes du XX Ième siècle est un préalable, trop négligé depuis que la société industrielle a supplanté la France agricole.
Mais aucun humain ne se réduit à son rôle professionnel. D'autres ministères ont un rôle à jouer. Ceux de l'Education nationale, de l'Ecologie…
Et les syndicats, et les associations aussi ; chaque structure peut alimenter le débat pourvu que chacune sache écouter les autres…. Il est une catégorie d'intervenants à ne pas oublier : les scientifiques. L'éclairage qu'ils apportent sur un dossier est fondamental.
Véritablement la démocratie a beaucoup à gagner à ces débats dans la transparence.

Nous avons vu le loup arriver d'Italie dans le Mercantour puis s'étendre sur toutes les Alpes pour aller vers le Jura, peut-être même en Ardèche et jusque dans les Pyrénées-Orientales. Pouvons-nous imaginer qu'il s'étende à toute la France ? Et l'ours ?
NB : Dans ma Picardie natale, il y eut des loups. Il n'y en a plus. Je n'imagine pas qu'ils se plairaient dans les plaines céréalières de Beauce ou les champs de betteraves.
Mais que le loup reconquiert d'autres territoires que le Mercantour est à prévoir et cette cartographie des zones potentiellement accueillantes devrait permettre d'anticiper selon le bon principe de la prévention. La grande faiblesse des politiques est ce manque d'anticipation des pouvoirs publics.
Cela dit, il me semble impossible que la France entière se repeuple en loups et encore moins en ours. Il faudrait pour cela que notre espèce régresse en nombre et abandonne de vastes territoires qui se reboiseraient … Et même dans ce cas de figure, le sort de la population humaine tel qu'évoqué aurait été précédé, selon les scientifiques, de l'extinction de nombreuses espèces dont les plus grands mammifères par exemple…
Photos : Ligue ROC et Louis DOLLO
* Prochain entretien : Ours des Pyrénées et ours dans les Pyrénées
* Entretien précédent : La biodiversité
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