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 Une autre vision de la montagne

Par Cedric LARCHER
Article saisi le : 14-10-2004
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Au début était la grimpe propre. Oh! non pas que l'on avait des sentiments écolo très développés à l'époque, mais tout simplement parceque l'on ne connaissait pas d'autres techniques. Coins de bois, pitons, noeuds de cordes étaient le quotidien du grimpeur. Les pitons abimaient bien un peu les fissures, mais vu le nombre de pratiquants, cela ne posait pas vraiment de souci. Et puis chacun savait planter correctement ses pitons.

Après son venus les coinceurs, les friends, et autres bicoins. On a pu donc laisser un peu tranquille les fissures et grimper encore plus propre. Malheureusement (ou heureusement?) s'est développé en même temps un courant prônant les protections à demeure. Les chevilles à expansion, puis les broches scellées ont fait leur apparition et les grimpeurs (en France notamment) ont oubliés l'usage des protections amovibles.

Escalade libre ? Artif ou acrobatie ?
Petit à petit, soit disant pour limiter les risques, les points se sont fait plus rapprochés, autorisant même de passer d'un point à l'autre (ce qui a l'immense avantage de toujours parvenir en haut de la voie, mais l'inconvénient de passer plus de temps a mousquetonner qu'a grimper, sans parler des "yoyos").
On en est même venu a faire des échelles de barreaux pour pouvoir monter. Alors que les italiens avaient, il y a un siècle, mis des cables pour sécuriser quelques passages de vires dangereuses, nous avons pousser notre folie jusqu'à mettre des via ferratas dans des voies déversantes. "Pour permettre au plus grand nombre d'éprouver les sensations grisantes du vide" qu'ils ont dit.
Bientôt nous aurons des pas de via ferrata entre deux longueurs d'escalade libre pour que "ca passe" comme ils disent.
 
Ils? Ce sont ces grands aménageurs de la montagne, qui pour le bien de tout le monde se font équipeurs, entrepreneurs de travaux publics des falaises.
 
Certains essayent bien de freiner le mouvement (ITA, COSIROC) mais la société est en marche, qui veut une pratique de la montagne sans risques, accessible à tous. Et le ministère pousse dans ce sens. La FFME n'a plus qu'a pondre les normes d'équipement, l'AFNOR les normes pour les EPI...
Guido Magnone se demandait il y a pas longtemps si l'on avait bien fait de démocratiser la montagne. Pour vivre heureux vivons cachés aurais-je dû lui répondre.

 

En Argentine, les militaires sont allés encore plus loin. Les voies sont clairement marquées (comme cela on sait si on est "dans" la voie ou pas), numérotées, et il y a même  l'emplacement où l'on doit mettre l'échelle de corde, au cas où l'on aurait oublié.

Ceux qui se plaignent des traces de magnésie vont en faire une crise cardiaque.
Le pire c'est qu'ici, beaucoup de gens trouvent cela normal.
 

Et en montagne aussi on a commencé a faire pareil. Il suffit de faire la voie normale du Viso pour se rendre compte qu'il devient difficile de se perdre tant les trainées de peintures sont nombreuses.

Mais moi c'est pas CA que je cherche en montagne.
Mon plaisir à moi c'est justement de me perdre en montagne, de me faire peur a 5m au dessus de mon point, de progresser de 5m en 2h en passant d'un point foireux a un plomb en passant par un crochet. Mon plaisir c'est de dormir a la belle étoile et de prendre une rincée en pelant de froid alors que d'autres dorment au chaud dans un refuge. Mon kif c'est de faire "à vue" mon 6b pendant que Yuji fait de même dans "White Zombie"(8c).

C'est jamais les sommets où tout a été parfait que l'on raconte.
Je demande juste le droit de faire des erreurs dans mon petit niveau. De me perdre, d'apprendre tout seul, comme un grand. Sans que Big Brother vienne me prendre par la main pour me dire par où il faut que je passe et ce que je dois faire.
Je demande même le droit d'avoir mal, de me faire peur, voir peut être même de me tuer. Cela juste pour avoir le plaisir de me sentir libre.
Excusez moi si je suis un peu masochiste, un peu marginal, un peu fou. J'ai besoin de cela pour vivre.

Pour l'instant vous me direz, je peux encore, mais pour combien de temps?

Je me pose plus la question de savoir si ils vont pourrir (aseptiser) mon terrain de jeu mais bien combien de temps ils vont mettre et "jusqu'où s'arrêteront-il?"

 

 

 

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