Un dialogue discret a été engagé entre l’Elysée et une association de berger sur le sujet brulant de la présence du loup dans les Alpes et notamment dans le Vercors qui, contrairement toute attente, dépasse largement la question du grand carnivore prédateur de brebis.
Kairn.com a pu se procurer la note de synthèse (reproduite ci-dessous) que l'association des éleveurs et bergers de Vercors Drôme Isère a remise aux conseillers du Président. Le discours des bergers des Alpes concernant le loup est tout à fait similaire à celui des bergers des Pyrénées avec l’ours quant à l’avenir de leurs territoires. Pour eux, « l'opposition au loup n'est pas un but…. qu'accroitre de manière importante les problèmes de l'élevage et engendre:…. une perte de biodiversité par l'abandon des petits élevages avec les races autochtones et les nombreuses espèces végétales qui ne peuvent pousser que dans des prairies pâturées ».
Le vrai problème pourrait bien être : « Que veut-on faire des territoires de montagne ? Qui doit décider de l’avenir des populations de montagne ? » Et de rappeler que « Les petits troupeaux participent aussi aux externalités positives » tel que « lutte contre: les incendies, l'ensauvagement, les avalanches,... et aussi l'entretien du paysage », et que, eux, les éleveurs, sont les défenseurs « des “bonnes pratiques” agro-pastorale qui génèrent une biodiversité remarquable (ex: sites Natura 2000) ».
Voilà un discours qui va dans le sens du Grenelle de l’environnement et de la directive habitat.
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Note de synthèse remise au conseiller de Nicolas Sarkozy, Président de la République, le 12 novembre 2009 par l'association des éleveurs et bergers de Vercors - Drome - Isère
Qui somme nous?
L'association des éleveurs et bergers de Vercors Drome Isère, est une association de protection de l'environnement créée en 2004 essentiellement à partir des éleveurs et ruraux pour réagir aux prédations de loups et ses conséquences, économiques, sociales et environnementales.
Les membres sont des éleveurs, bergers, élus locaux, ruraux...
Nos actions
·Sensibilisation du public aux problématiques de développement durable,
·Organisation de rencontres, participation aux événements locaux attirant aussi bien les populations locales que des touristes (foires, fêtes, transhumances,...),
·Accompagnement des éleveurs subissant des prédations de loups ou autres avec suivi des résultats des commissions d'indemnisations concernées.
Problèmes
·Maintien d'une vie sociale et économique dans nos régions. L'élevage favorise l'activité économique locale : 7 emplois sont induits pour chaque exploitant agricole
·Défense de l'activité d'élevage traditionnel facteur de développement de la biodiversité et de l’entretien des paysages indispensables au tourisme
·Défense des activités de loisirs contre l'objectif de “sanctuarisation” des territoires de montagne prôné par les associations de l'écologie sectaire,
·Maintien et renforcement de l'activité agricole avec l'installation de jeunes et la commercialisation de produits de terroir de qualité,
·Maintien et développement du pastoralisme de la plaine jusqu'aux alpages pour faire face à l'embroussaillement lié a la déprise agricole. L'élevage pastoral de montagne, au cours des millénaires, a façonné puis entretenu les paysages qui favorisent le tourisme et l'image de la France a travers le monde.
·Défense des “bonnes pratiques” agro-pastorale qui génèrent une biodiversité remarquable (ex: sites Natura 2000),
La problématique des grands prédateurs et du “tout sauvage” engendrent une réduction de l'ensemble des activités humaines connues dans nos départements et met à mal l'équilibre maintenu jusqu'a présent. Il s'agit pour nous de faire reconnaitre ce qui se fait déjà et s'inscrit dans le cadre du développement durable avec ses quatre dimensions : sociale, économique, environnementale et culturelle.
L'opposition au loup n'est pas un but.
Le loup ne fait qu'accroitre de manière importante les problèmes de l'élevage et engendre:
– un abandon des territoires y compris en plaine
– une perte de savoir faire au détriment des jeunes qui s'installent
– Une perte de lien social
– Une diminution des revenus
– une perte de biodiversité par l'abandon des petits élevages avec les races autochtones et les nombreuses espèces végétales qui ne peuvent pousser que dans des prairies pâturées.
Les conséquences des prédations sont aussi l'abandon des petites exploitations tenues par des doubles actifs et des retraités qui trouvent dans cette activité un complément de revenu.
Les petits troupeaux participent aussi aux externalités positives (lutte contre: les incendies, l'ensauvagement, les avalanches,... et aussi l'entretien du paysage)
Les risques de prédations n'encouragent pas les jeunes à s'installer, les indemnisations ne satisferont jamais car elles, ne compensent pas le travail de sélections de plusieurs générations, ni la recherche des cadavres a travers les pâturages (de longues heures a pieds en terrain difficiles...). Ces indemnisation sont trop aléatoires,...
Nous ne comprenons pas la gestion du plan loup faite par le « Groupe National Loup » sans concertation avec les acteurs locaux. Ce groupe protège le loup au lieu du pastoralisme et les hommes.
A l'étranger!
En Italie la population lupine reste étonnamment “stable”!
En Espagne les loups sont régulièrement chassés, voir classés comme nuisibles dans certaine région notamment dans les Asturies
En Slovénie et Slovaquie, il y a un plan de chasse qui est réalisé tous les ans
En Allemagne et en Autriche “ils gèrent la situation avec pragmatisme” pour reprendre la citation d'un syndicaliste agricole.
En Suisse il applique le concept “loup” : à chaque fois que 35 animaux de rente sont tués en un mois, ou 45 en 3 mois il donne une autorisation de prélèvement pour un loup.
Nos demandes
Les autochtones étant les premiers garants de la biodiversité de leurs territoires, il est impensable de laisser des associations d'écologie sectaire les priver de ceux ci.
La présence des loups depuis 17 ans en France nous permet d'avoir de nombreux retours d'expériences. Nous savons donc que le nombre de prédations est fonction du nombre de prédateurs et non des moyens dit “de protections” mis en face.
Il serait préjudiciable de continuer la politique systématique des chiens “de protection” (dont l'efficacité reste à prouver) qui ne servent qu'a créer des conflits entre les différents usagers des territoires. Alors que les accidents se multiplient, que des éleveurs sont condamnés pour avoir appliqué les recommandations de l'administration qui impose et paye ces chiens mais n'en reconnait pas les inconvénients.
Il nous est souvent rappelé la promesse faite par un candidat a l'élection présidentiel qui, invité par deux députés, madame Henriette Martinez et monsieur Daniel Spagnou a Upaix dans les Hautes Alpes, avait promis que “les éleveurs pourraient défendre leurs troupeaux face aux prédateurs”. Qu’en est-il aujourd’hui ?
L'Etat français devrait s'inspirer de ce qui se passe réellement dans nos pays voisins et ne plus écouter les associations de l'écologie sectaire et les sélectionneurs de chiens de protection. Bâtissons un plan de sauvegarde de l'élevage (qu'il soit sédentaire ou transhumant) face aux grands prédateurs pour remplacer celui qui est existe et qui ne sert qu'a gagner du temps pour favoriser l'installation des prédateurs. Expérimentons le concept loup suisse.
A l'écoute de nombreux éleveurs nous constatons que l’actuel système d'indemnisation doit être perfectible. Il ne doit plus y avoir de difficultés de transmission du dossier entre les administrations, la constatation des faits et la commission d'indemnisation doivent être neutre et sans à priori.