Nina Caprez, étoile de la grimpe suisse, se fait mouliner du haut de "l'infinity lane" du Petzl Roc Trip, une voie dure de 100 mètres de long qu'elle vient de tordre en deux petits essais. Arborant un sourire radieux et une bonne humeur permanente, ayant à peine déchaussé ses chaussons, Nina projette déjà sa prochaine ascension. Quand la soif du caillou est viscérale... Portrait agrémenté de photos de Nina lors de son enchaînement de la voie ultime du jour.

- Kairn : Commençons par les présentations :
- Nina : Je m’appelle Nina Caprez, 22 ans, je suis suisse. J’ai commencé à l’âge de 13 ans, pendant 4 ans je n’ai fait que de l’alpinisme, et j’ai découvert vraiment l’escalade sportive à 17 ans. Et puis après j’ai un peu plus jonglé entre les entraînements, la falaise, la compétition…
- Kairn : c’est la première fois que tu viens au Roc Trip ?
- Nina : euh non j’étais déjà invitée l’année passée à Zillertal. C’était sympa, et même si il avait plu un peu, j’avais déjà bien accroché sur le côté sportif du challenge proposé par Petzl, l’ambiance. Ce qui compte, c’est que c’est le rassemblement des grimpeurs, avec beaucoup d’échange, de partage, de fête, et surtout ce que je retiens c’est toute cette émulation que chacun trouve pour sortir sa voie !

- Kairn : tu viens d’enchaîner la voie ultime « infinity lane » féminine, décris-nous un peu la voie et puis ton style, les sensations que tu as éprouvées à l’enchaînement ?
- Nina : hier on a tiré au sort l’ordre de passage avec les autres filles, çà m’a saoulé d’attendre alors j’y suis allé tout de suite (rires) ! Non j’y suis allée en seconde. La voie est super longue, 100 mètres ! La première longueur est vraiment facile, c’est l’échauffement, en 7a+ environ. Puis dans la deuxième, il y a des petits pas, ça doit être bien 7b+ intrinsèquement quand même. La troisième longueur je ne pourrai pas la coter, c’est vraiment dur à dire. Car elle n’est pas facile à lire, il faut trouver les prises, le cheminement. Les prises de pied sont encore fragiles, ça casse un peu de partout, c’est un peu l’aventure ! Hier en deuxième position dans les essais j’ai donc terminé la purge et j’ai terminé mon essai en cassant des gros pieds, pareil pour Chloé (ndlr : Minoret) qui était passée avant moi... Tu te mets une mission pour monter et là d’un coup crac ! Saoulée (rires) ! Tu peux pas vraiment prendre des risques, il faut rester calme car tu ne sais pas si les prises ne vont pas te rester dans la main. En plus là sur l’essai que je viens de concrétiser, au début il y avait des nuages, et puis ça s’est découvert et j’ai fini avec le soleil dans les yeux avec la chaleur. En tout cas, je suis contente de l’avoir faite car je vais pouvoir passer à des voies vraiment dures (rires) ! Mais bon, cette voie si longue, c’est autre chose, çà fait peur quand même… Si tu tombes, il faut tout refaire, tu ne peux pas caler tes méthodes, et du coup tu te mets une bonne pression mentale dans le haut !

- Kairn : Quel est ton nouveau challenge du coup sur la falaise ?
- Nina : Il y a un 8b/b+ un peu à gauche du pilier des voies ultimes. J’attends un peu qu’il fasse moins chaud et je vais la tomber (rires) !
- Kairn : qu’est-ce qu’il te plait le plus dans le cadre des Vibram Natural Games à Millau ?
- Nina : déjà le côté pro des organisateurs qui ont sans cesse le souci de bien faire tout le temps, avec des petits panneaux à la falaise pour guider les grimpeurs. Ils équipent toutes les voies, ils laissent en place les dégaines, couplé à l’ambiance en bas au village, le camping, la foule. C’est une bien belle alchimie !
- Kairn : c’est la première fois que tu viens à Millau où tu avais déjà grimpé dans le coin ?
- Nina : oui, j’étais déjà allée à la Dourbie et une journée dans les gorges du Tarn. Le coin ici dans les gorges de la Jonte est vraiment magnifique ! je compte rester un peu après le rassemblement pour découvrir le Tarn.

- Kairn : quelle est ta falaise préférée ?
- Nina : je crois que mon endroit préféré est Céüse. C’était mes premières vacances de grimpe en site sportif, à l’âge de18 ans ; Et puis cette falaise m’a tout de suite touché : la marche, il y a du monde… Perso des fois les gens s’en plaignent mais moi ça ne me dérange quand il y a de l’affluence, tu discutes, tu créées des liens…Il y a de l’ambiance. Les voies sont magnifiques, je ne trouve pas du tout que c’est patiné. Sinon en Suisse, j’aime bien aussi ma « falaise maison » de Voralpsee, avec un style : « une réglette après l’autre » (rires). Un mur déversant de 35 mètres vraiment agréable. Après côté bloc, le Tessin reste majeur pour l’été. Après moi je grimpe tout le temps, du coup de qui compte c’est tourner entre tous ces spots que j’aime.
- Kairn : des projets pour la suite de l’année ?
- Nina : alors, question compliquée, car ce que j’ai au programme, ça change toutes les deux semaines (rires) ! J’ai un peu arrêté les compétitions cette année en raison d’une légère blessure à l’épaule. Là je reste encore en France deux semaines, puis retour en Suisse pour faire des voies au Wenden, travailler une grande voie extrême de 8 longueurs dont certaines tapent dans le 8a, 8a+ et ce jusqu’à 8b+ ! Après je pars au Kirghizistan pour un mois faire une petite expé avec David Lama, Stephan Siegrist afin d’équiper une nouvelle grande voie et de tenter de la libérer. Ensuite, je n’ai aucune idée de ce que je vais faire ! Je pense qu'il me faudrait des plannings semaine pour marier la falaise, le bloc, les grandes voies, les voyages (rires) !

crédit photo : coll. Caprez
- Kairn : le mot de la fin :
- Nina : Ici c’est cool, venez (rires) !