Dans un communiqué de presse diffusé hier soir,
l’ADDIP, Coordination pyrénéenne, indique qu’un « front du refus pyrénéen se fédère » contre le «Groupe national ours » que veut mettre en place le Ministère de l’Ecologie.
La Secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, prévoit le lancement du « groupe national ours » le jeudi 26 juin à Toulouse et a convié à cet effet un certain nombre de personnes pour en faire partie. Il apparaît que « les élus locaux comme les élus professionnels notamment les chambres consulaires sont laissé pour compte.» Selon Marie-Lise Broueilh, Présidente de l’ASPP 65 mais également représentante de la Chambre d’Agriculture des Hautes-Pyrénées au sein de l’ADDIP, ce « Groupe National ours » est «une caricature du déni de la démocratie. »
Le communiqué signé de Philippe Lacube précise que « au-delà de la véritable offense à la représentativité pyrénéenne que constitue la composition de ce groupe, l’ADDIP a pris la décision, pour des raisons de fond, de ne pas participer à cette manipulation. » Et elle précise que « s'appuyant sur les trois piliers légitimes que sont les élus, la profession agricole et nos associations, un front pyrénéen de refus se fédère aujourd’hui. »
Une délégation des associations membres de l’ADDIP et ses partenaires, élus locaux et professionnels « viendrons à Toulouse expliquer les raisons de [leur] refus, sur le fond comme sur la forme, et présenter le bilan d'évaluation du plan-ours » qu’ils ont rédigés.
Un bilan de 41 pages a été remis au ministère il y a plusieurs jours dans lequel ils précisent que « les enjeux et les révélations qu’il contient posent à l’Etat français de nombreuses questions "qui fâchent" » précisent-ils. « Le 26 juin …. donne l'opportunité de les poser en direct à la Secrétaire d’Etat à l’Ecologie. »
Comme nous l’avions déjà expliqué dans un article du 20 juin dernier, « Les « bilans » du Plan de restauration et de conservation de l'ours brun dans les Pyrénées françaises », il existe une ambiguïté non négligeable entre ce que Nathalie Kosciusko-Morizet écrit dans son ouvrage datant de 2001 « L’environnement, nouvelle frontière politique » (pages 1 et 2) : « L’écologie politique vit de cette idée étrange que la catastrophe est un objet humain, que la faute est tout entière entre nos mains, que là sont nos responsabilités, comme une perspective diabolique. C’est cela qu’il faut déconstruire. /…/ » Et elle poursuit : « Mais surtout nous ne nous posons pas assez la question de l’impact social des mesures environnementales. Or, il y a là un vrai sujet : ne pas créer de nouvelles inégalités,…. »
La même ambiguïté existent avec le Grenelle de l’Environnement quant au rôle des populations locales. Mais il est vrai que le Grenelle c’est bien abstenu de parler d’ours. Dans ce cas, toutes les dérives sont possibles puisqu’il s’agit d’un animal emblématique et surtout pas une espèce en danger de disparition.
Grenelle de l’Environnement, déclarations, livres…. Ce sont de belles idées souvent développées par le Président de la République et de nombreux membres du gouvernement. « Rien ne peut être fait sans les populations locales » est une sorte de credo jamais respecté depuis 25 ans. Comme d’habitude, les belles paroles ne sont pas suivies d’effets. La secrétaire d’Etat s’empresse de faire tout le contraire de ce qu’elle dit. Mieux encore, elle fait exactement comme ses prédécesseurs de droite et de gauche. Elle se moque totalement de l’avis des populations et monte une « usine à gaz » de fonctionnaires en tout genre qui apparaissent sous des fonctions et des titres divers et variées sans aucune considération pour les représentants du peuple démocratiquement élus.
Le milieu agricole est habitué du fait, comme nous le fait remarquer Marie-Lise Broueilh « Prenons déjà pour exemple ce qui se passe avec le PSEM (Plan de Soutien à l’économie montagnarde) : malgré les engagements écrits du ministère de l'Agriculture, comme quoi les crédits alloués seraient distincts des crédits « ours », nous voyons au bout de deux ans d'attente, revenir en force ces derniers dans ce Plan. » Ce qui revient à dire que l’Etat s’imagine pouvoir acheter tout le monde avec de l’argent…. Du contribuable.
Serions-nous sous un régime de mafia ?
La question peut être posée. Si nous analysons tout ce qui s’est passé depuis 25 ans, notamment les tentatives de corruption d’élus sans parler des largesses financières accordées à certaines associations environnementalistes. Pour faire quoi ? Pour quel résultat ?
Aucune commissions et missions parlementaires, pas plus que certains rapports d’inspection générale n’ont pu aboutir à la révision de certaines pratiques surprenantes.
Dans le même temps, nous pouvons aussi nous interroger suite à la lecture du dossier de consultation et d’enquête publique du projet de modification du décret n° 67-265 du 23 mars 1967 portant création du Parc national des Pyrénées. Qui dirige ? Qui décide ? Les fonctionnaires ou les élus ? Serions-nous en voie de vivre sous un régime de dictature d’une poignée de fonctionnaires irresponsables devant le peuple avec des élus d’opérette qui n’aurait pour rôle, comme le Président du Conseil d’Administration du PNP, que d’assurer une représentativité limitée et d’opportunité tel que déposer les chrysanthèmes devant des plaques commémoratives.
Dans cette affaire de "groupe national ours" , où trouve-t-on les collectivités territoriales comme les Conseils Régionaux, les Conseils Généraux, le Comité de massif ? Que fait-on des avis et des motions votées par ces mêmes collectivités ? Les Conseils Généraux de l’Ariège et des Hautes-Pyrénées ont voté contre les introductions de même que le Comité de Massif qui a voté deux fois. Dans le fond, NKM ne fait pas mieux que Nelly Olin. Même refus de l’acceptation de la démocratie locale.
Bien sûr, trois élus sont proposés pour jouer les marionnettes à titre personnel et non au titre de leurs mandats. Si ce n’est que pour représenter leur personne, quel intérêt auraient-ils à siéger ?
Au-delà de la simple composition du Groupe national ours, la véritable problématique est le bon fonctionnement de la démocratie. Devons-nous considérer qu’il s’agit de la suite logique des origines de la création du WWF ?
Comment ne pas y penser ?
En définitive, la composition de ce groupe est-il vraiment important ?
L’ADDIP refuse « de confondre l’écume et la marée, l’arbre et la forêt, l’ours et la biodiversité, nous avons réfléchi ce bilan globalement, en élevant le débat au-delà de la question simpliste « pro ou anti ours » dans lequel il eût été commode de nous enfermer. » Dans leur bilan il est « question d’ours, de Pyrénées, mais de femmes et d’hommes d’abord. Ni les uns ni les autres ne sont de petits astres solitaires. Ils appartiennent, tous, à un système complexe, évolutif, très ancien mais un peu fatigué on le sait : notre planète Terre. »
C’est bien cela que Nathalie Kosciusko-Morizet n’a pas compris « en faisant un Groupe National Ours » totalement « bidon » auquel pratiquement aucun acteur local ne veut participer. Il faut aller au-delà si non ce sera une faillite d’un montage administratif qui ne représente rien et personne à l’exception de la seule administration qui, de toute manière, disposera des pleins pouvoirs.
En s’opposant à un tel système, les pyrénéens veulent défendre et imposer la démocratie. Dans l’histoire du monde, les dictatures n’ont jamais gagné face à la démocratie. Un jour elles viennent à disparaître. La dictature écologique ? C’est une réalité ou… une tentative de réalité. Une minorité qui impose son point de vue ne dure pas longtemps. Il est donc probable que cette dictature que tente d’imposer NKM n’aura, elle aussi, qu’un temps, celui d’une réunion à Toulouse au sujet de laquelle nous pourrions légitimement nous interroger sur la quantité de CO2 qu’elle aura dégagée.
Prochain article : « Que veulent les pyrénéens ? »
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